Voici un conte tiré de la mythologie grecque, d'après les Métamorphoses d'Ovide. Un voyage vers la grotte d'Hypnos, le dieu du sommeil. Environ 5 minutes de lecture.
Le chemin vers la grotte
Au-delà des terres habitées, loin des routes que parcourent les mortels, loin des champs où travaillent les hommes et des mers où naviguent les voiles, existe un royaume oublié. C'est là que demeure Hypnos, le dieu du sommeil. On ne le cherche pas comme on cherche les autres dieux, dans leurs palais de marbre et d'or.
Pour atteindre son domaine, il faudrait suivre un chemin que nul ne connaît exactement. Il faudrait descendre, toujours descendre, dans la montagne elle-même. Le soleil, qui éclaire le monde des vivants, n'y pénètre jamais. Aucune lumière vive n'a touché ces profondeurs. Il ne s'y trouve que l'ombre, calme et constante.
À mesure qu'on descend, le bruit du monde s'efface. Les cris des oiseaux disparaissent. Le vent cesse de souffler. Même les bruits du jour, si faibles soient-ils, s'éloignent comme une voix lointaine dont on oublie les paroles. Le silence s'épaissit, doux et lourd, jusqu'à devenir presque palpable.
La grotte du sommeil
Au bout du chemin se trouve la grotte d'Hypnos. À son entrée poussent des pavots, nombreux, penchés sur leurs tiges. Leurs pétales sont souples, presque liquides, et l'air qui sort de la grotte porte leur parfum, une odeur douce qui fait lever le pied et ralentir le pas.
À l'intérieur, l'eau coule sans bruit. C'est l'eau du Léthé, le fleuve de l'oubli. Elle s'écoule sans précipitation, sans impatience, toujours dans la même direction. En l'écoutant, on oublie ce qu'on cherchait à retenir. Les soucis glissent comme l'eau glisse sur les pierres, sans accroc.
Hypnos lui-même repose au fond de la grotte. Il n'a pas de trône comme les autres dieux. Il est étendu sur un grand lit d'ébène, couvert d'étoffes sombres et moelleuses, si douces qu'on ne sait plus où finit le lit et où commence le repos. Des fleurs de pavot sont posées près de lui.
Autour du dieu se tiennent ses fils, les songes. Parmi eux, Morphée. C'est lui qui prend la forme d'un humain, qui imite le visage, la démarche et la voix de n'importe quel homme, le temps d'un rêve.
Mais dans cette grotte, ce qui compte n'est pas le dieu. C'est le lieu lui-même. Il attire, il retient, il fait déposer le jour. Ici, personne ne vous demande rien. Ici, le jour tombe derrière vous, comme un manteau qu'on laisse à la porte.
Le retour vers la surface
Quand on quitte la grotte d'Hypnos, on remonte lentement. L'air s'allège. Les couleurs reviennent. Le bruit du monde reprend. Et pourtant, quelque chose reste. Un souvenir de ce silence. L'écho de l'eau du Léthé qui s'attarde dans la mémoire.
Ceux qui ont visité la grotte en rêve la reconnaissent. Ils reconnaissent cet endroit, même s'ils n'y ont jamais mis les pieds. Ils reconnaissent le parfum des pavots, le murmure de l'eau, la douceur de l'ombre.
Et chaque soir, quand on s'allonge, on peut y penser de nouveau. Hypnos n'est jamais aussi loin qu'on le croit. La grotte existe encore, quelque part sous les pieds, et elle attend, sans hâte, qu'on laisse le jour derrière soi.
D'où vient ce conte
Ovide, poète latin, décrit dans le livre XI des Métamorphoses la demeure du Sommeil, qu'il appelle Somnus. C'est une caverne près du pays des Cimmériens, où les rayons du soleil n'arrivent jamais, avec des pavots devant l'entrée et le Léthé à l'intérieur. Morphée y est le fils le plus habile à imiter la forme humaine. Pour le nom grec Hypnos, voir Theoi et Wikipédia, qui en fait le fils de la Nuit et le frère jumeau de Thanatos. La version Soporifik laisse de côté la mission d'Iris, qui vient réveiller le dieu dans le texte d'Ovide.
Pour prolonger le calme
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