Trois hommes dans une pirogue sur un fleuve amazonien, une noix de palmier entrouverte laisse sortir une obscurité bleutée, forêt sombre sur les rives.

Comment la Nuit est venue : un conte tupi-guarani du Brésil pour s'endormir

Un conte de la tradition tupi-guarani du Brésil : comment la nuit, d'abord enfermée dans un fruit, est venue sur le monde. Environ 6 minutes de lecture.

Le temps du jour sans fin

Au commencement du monde, il n'y avait qu'une seule chose : le jour. La lumière était toujours là. Jamais d'ombre, jamais de soir. Dans le village, la lune n'était pas encore montée dans le ciel.

On travaillait, parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire. On ne pouvait pas vraiment se reposer, puisqu'il faisait toujours jour. Et dormir demande un peu d'obscurité.

Dans ce village vivait un jeune guerrier, Abarayra. Il avait épousé Ynhauri, et elle refusait de dormir près de lui tant que la nuit ne serait pas venue. Lui ne savait pas ce que c'était, la nuit. Il n'avait jamais vu le jour s'éteindre.

Le fruit du fond du fleuve

« La nuit existe, dit Ynhauri. Elle est enfermée dans un fruit de tucumã. Mon père, la Cobra Grande, le garde au fond du fleuve. »

Abarayra appela deux compagnons, et ils partirent ensemble chercher le fruit. Le tucumã est un palmier d'Amazonie, et son fruit a un noyau presque noir, sous une chair orange. Celui-ci était fermé comme une pierre.

Ils descendirent jusqu'à la maison de la Cobra Grande, immense, calme, qui vivait dans les profondeurs, là où la lumière du jour ne va pas. Elle les écouta.

« Vous pouvez porter ce fruit à ma fille, dit-elle. Mais n'ouvrez pas. Vous le porterez fermé. »

Les trois hommes promirent. Ils posèrent le fruit dans leur pirogue et ramèrent vers le village.

Les bruits dans le fruit

Mais le fruit faisait du bruit. Des sons étranges en sortaient, très doux : des froissements, des appels, des chants qu'on n'avait jamais entendus. Quelque chose bougeait, tout au fond.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda l'un. « C'est la nuit, répondit un autre. « Mais à quoi ressemble-t-elle ? »

Plus ils écoutaient, plus la curiosité les gagnait. Les mystères aiment qu'on les ouvre.

« Et si on l'ouvrait juste un peu ? disait l'un. Pour voir. »

« Non, disait un autre. La Cobra Grande a dit de ne pas l'ouvrir. »

Mais la curiosité était la plus forte. Et peut-être est-ce là une forme d'attachement : le besoin de savoir, de voir par soi-même.

Un des compagnons ouvrit le fruit.

La nuit se répand

Soudain, tout devint sombre.

L'obscurité sortit du fruit comme une fumée vivante. Elle enveloppa la pirogue, puis le fleuve, puis la forêt, puis le monde entier. Avec elle sortirent les bruits de la nuit : le chant des grenouilles, les ailes des chauves-souris, les appels d'oiseaux qu'on ne connaissait pas.

Le jour sans fin disparut. Pour la première fois, le soleil descendit sous l'horizon.

Les hommes eurent un peu peur. Ils ne comprenaient pas. Mais peu à peu, quelque chose d'inattendu se produisit : leurs yeux, ouverts depuis le commencement des temps, se fermèrent. Leurs épaules s'abaissèrent.

Et ils dormirent, pour la première fois.

Le fil qui sépare

À leur retour, Ynhauri comprit ce qui s'était passé. Elle prit un fil enchanté. Elle sépara le jour de la nuit pour que chacun vienne à son tour. Et depuis, chaque soir, la nuit revient. On raconte que le chant de l'urutau, un oiseau de la forêt, l'annonce.

Parfois, quand on écoute attentivement la nuit, on croit entendre encore le bruit que faisait le fruit : quelque chose de doux, enfermé, qui a enfin été libéré.

D'où vient ce conte

Selon un article du journal A Gazeta sur le film « Como a noite apareceu », tourné en tupi-guarani par des acteurs guarani mbya, la légende raconte que le guerrier Abarayra et ses deux compagnons vont chercher, au fond du fleuve, un fruit de tucumã où la Cobra Grande, père d'Ynhauri, garde la nuit. Les compagnons l'ouvrent par curiosité, et Ynhauri sépare ensuite le jour de la nuit avec un fil enchanté. Le tucumã est un palmier d'Amazonie, et non un arbre à noix : son fruit a un noyau presque noir (Wikipédia). Le Brésilien Couto de Magalhães, pionnier du folklore, a publié O Selvagem en 1876, mais je n'ai pas pu confirmer ici que cette légende y figure. La version Soporifik adoucit les dangers et rend la nuit plus accueillante.

Pour prolonger le calme

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Časté otázky

Qu'est-ce que la tradition tupi-guarani ?

Les Tupi et les Guarani sont des peuples autochtones d'Amérique du Sud, avec des langues voisines et de nombreux récits sur la création du monde. Cette légende de la nuit est racontée aujourd'hui encore, y compris dans un film tourné en langue tupi-guarani avec des acteurs guarani mbya.

Pourquoi la nuit est-elle dans un fruit de tucumã ?

Le texte ne l'explique pas : c'est ce qui fait la force du récit. Le tucumã est un palmier d'Amazonie dont le fruit cache un noyau très dur. Dans le conte, ce noyau fermé garde un secret, la nuit, que seule la curiosité ouvre.

Pourquoi était-ce important que la nuit vienne ?

Parce que sans nuit, il n'y a pas de soir, et rien qui sépare un jour du suivant. Dans le conte, la nuit n'est pas une punition : elle arrive avec le sommeil et les chants de la forêt. Les hommes y trouvent le repos, pour la première fois.

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