Vous êtes maintenant à la place de celui qui regarde. Prêt à monter les escaliers ? Cette histoire dure environ 6 minutes. Vous pouvez la lire lentement.
Il y a un homme qui vit au pied d'un phare depuis longtemps. Chaque jour est le même jour. Chaque soir ressemble au soir d'avant, et cela lui convient parfaitement. À six heures, quand la lumière dehors commence à baisser, il quitte sa petite maison attenante au phare et il pousse la porte.
C'est une porte basse et épaisse, qui pèse lourd. Il la pousse avec l'habitude de celui qui a fait ce geste des milliers de fois. À l'intérieur, il n'y a que l'escalier en spirale qui monte vers le haut du phare. Cet escalier a un nombre exact de marches. Il en a compté beaucoup de fois, autrefois. Il ne compte plus maintenant. Il sait juste qu'à la fin il y aura la chambre de la lanterne.
La montée lente
Il monte. Ses pas résonnent un peu dans l'escalier étroit, parce que le phare est vide et construit pour garder les sons. À chaque étage qu'il dépasse, il peut sentir l'air qui change. L'air s'affine. La pression bisse ses oreilles très légèrement. En bas, près de la mer, l'air était plus épais, plus salé. Maintenant il devient léger, presque frais.
Il ne monte pas vite. Pourquoi irait-il vite ? Il a le temps. Le soir ne finit pas avant qu'il n'ait allumé la lanterne. Cela fait partie des certitudes de son jour.
Les murs du phare sont peints en blanc, mais un blanc qui a vieilli avec les années. Il y a maintenant des taches, des marques de doigts, des lignes où l'humidité a passé. L'homme a cessé de voir ces imperfections, comme on cesse de voir les objets de sa chambre quand on les regarde depuis assez longtemps.
À la fenêtre de l'observatoire
En haut, la lumière a changé. À travers les petites fenêtres de l'escalier, il voit maintenant l'horizon qui rougit. Le soir arrive vraiment. Pas progressivement, mais maintenant, tandis qu'il est en train de monter, cela se passe. Le ciel passe de bleu à gris, puis à rose, puis à un orange très pâle qui ne dure que quelques minutes.
Personne ne descendra le voir ce soir. Les bateaux qui pourraient avoir besoin de sa lumière sont loin, ou ils sont arrivés à destination. Le phare tourne toute la nuit pour personne, ou pour quelqu'un d'invisible, quelque part très loin. Cela aussi n'a pas d'importance.
Voici la porte de la chambre de la lanterne. Il l'ouvre. À l'intérieur, la lumière qui vient du dehors entre par les vitres épaisses qui l'entourent. La lanterne est là, grosse comme une armoire, qui attend déjà. Elle a attendu tous les soirs de tous les jours passés ici, et elle attend ce soir aussi sans impatience.
Le rituel de la lumière
L'homme pose sa main sur la lampe. Elle est froide encore, mais elle le sera moins dans quelques minutes. Il y a une clé pour l'allumer. Elle pend à une chaîne près de la fenêtre. Il la prend sans réfléchir, tourne le verrou du clapet, et la lumière commence.
D'abord il n'y a que le cliquetis de la machinerie. Puis les murs de la chambre de la lanterne deviennent soudain très blancs, alors qu'il y a une seconde ils étaient gris dans le crépuscule. La lumière du phare est blanche. Elle est très forte, même de l'intérieur. L'homme ferme les yeux une seconde, parce que chaque soir c'est comme la première fois, ce passage du crépuscule à la lampe qui brûle au-dessus de tout.
Quand il rouvre les yeux, il voit l'océan. Il voit l'océan parce que maintenant le phare brille et que rien d'autre n'a d'importance. La lanterne tourne. Elle tourne lentement, régulièrement, éclairant toujours la même zone circulaire sur l'eau pendant un instant, puis s'éteignant, puis revenant une seconde plus tard, tournant toujours.
Tac. Tac. Tac. Le mécanisme tourne. Ce bruit ne change pas. Il ne devient jamais plus fort ou plus faible. Il existe simplement, comme la respiration de celui qui le garde.
La nuit du phare
L'homme s'assied sur le petit tabouret qui se trouve toujours au même endroit. Il regarde la lanterne tourner. Il regarde par la fenêtre. Il ne regarde rien de particulier. Il existe simplement, assis là, pendant que sa lanterne tourne et regarde la mer pour lui.
Dehors, la nuit s'est installée tout à fait. Il n'y a plus de rose au ciel. Il n'y a que le noir, le noir de l'océan, le noir du ciel, le noir de tout, et puis la lumière du phare qui balaie en cercles infinis.
Une heure passe. Ou deux. Peut-être trois. Le temps ici n'a pas de texture. Il est lisse. Il s'écoule sans heurt, sans événement. Peut-être un bateau passe-t-il très loin. Peut-être. Mais le gardien du phare ne le verra pas vraiment. Il verra juste une petite lumière qui devient un peu plus grande, puis un peu moins grande, puis qui disparaît. Son phare était là quand même, fidèle, tournant pour tout le monde et personne à la fois.
Les épaules du gardien reposent maintenant contre le mur blanc du phare. Sa tête s'est légèrement inclinée. À côté, sa lanterne continue de tourner. Elle tourne depuis des heures. Elle tournera toute la nuit. Elle tournera encore demain soir. Et il y aura un demain soir qui ressemblera à celui-ci, et puis un autre, et puis un autre encore, à l'infini, avec cette même lumière qui balaie toujours, ce même bruit régulier, cette même mer qui attend d'être vue par quelqu'un qui ne compte plus à quel moment la nuit a vraiment commencé.
Pour prolonger le calme
Le reste de la soirée se prépare aussi : voyez notre routine du soir pour bien dormir. Pour une autre lecture calme, voici Le train de nuit. Et quand la chambre n'est jamais tout à fait noire, Le Noir, notre masque de sommeil 3D, fait le noir sans appuyer sur les paupières.