Deux silhouettes translucides, voilées de brume, avancent sur la pointe des pieds dans une chambre de bois endormie, au clair de lune bleuté.

Son et Driôma : un conte russe pour s'endormir

Ce conte s'inspire du folklore russe et de ses berceuses, où le sommeil (Son) et l'assoupissement (Driôma) deviennent des visiteurs du soir. Environ 6 minutes de lecture.

Selon d'anciennes croyances russes, chaque soir, deux visiteurs invisibles passaient dans les maisons. Ils venaient en silence, sans qu'on les entende ni qu'on les voie. Mais leur présence, disait-on, était tendre.

Le premier s'appelait Son. C'était le sommeil lui-même, calme, patient, constant. Il portait une robe de brume grise. Ses mains étaient fraîches, légères comme une brise d'été. Là où il passait, il laissait un silence complet.

Le second s'appelait Driôma. Son nom veut dire « assoupissement », cette envie douce de dormir qui vient peu à peu. Dans les récits, Driôma prend deux formes : une vieille femme aux mains douces, ou un petit homme à la voix qui berce. Dans ce conte, il est celui qui enveloppe, sans jamais presser.

Les deux marchaient ensemble chaque soir. On les imaginait comme deux frères, même si le conte leur laisse ce lien en suspens.

Quand le soir tombait, vers l'heure où les gens finissaient leur journée, Driôma arrivait le premier. Il marchait sous les fenêtres. Puis, quand l'obscurité était là, il se glissait dans les maisons par les fentes des portes, par les interstices des volets. Il ne forçait rien. Il s'asseyait simplement au pied du lit, invisible, et il arrangeait la couverture, il lissait les cheveux de ceux qui dormaient déjà.

Peu à peu, ceux qui s'allongeaient le sentaient. Pas avec les yeux. Une envie douce de fermer les paupières. Une pensée qui ralentit. Driôma berçait comme une mère berce son enfant.

« Reposez-vous, disait Driôma sans paroles. Le jour est fini. Laissez-le derrière vous. »

Et l'homme, la femme ou l'enfant s'abandonnait. L'envie de dormir devenait plus forte que toute autre pensée.

Puis, quand Driôma voyait son travail fait, il s'écartait un peu. C'est alors que Son arrivait.

Son était plus silencieux encore. Ses pas ne faisaient aucun bruit. Il se tenait au-dessus de la personne endormie et ouvrait les bras. Un voile invisible tombait, léger, tout à fait calme.

Les yeux étaient fermés. La journée, les soucis, les problèmes, tout cela s'éloignait. Il restait le sommeil, simplement.

Son demeurait toute la nuit, veillant. Si un rêve trop vif voulait entrer, il le ramenait doucement vers un rêve plus calme.

À mesure que la nuit avançait et que le matin approchait, Son se retirait peu à peu. Il laissait le dormeur reprendre conscience sans heurts, pour qu'il y ait toujours une transition douce vers la lumière du matin.

Et quand le soleil se levait, Son et Driôma se retiraient tous les deux. Ils allaient se reposer dans le grenier des maisons, ou au-delà des nuages, en attendant le soir suivant.

Dans leurs berceuses, les gens parlaient à ces visiteurs du soir. Ils leur demandaient de veiller. Ils les remerciaient. Car sans eux, disait-on, les nuits auraient été de longs vides, et non des refuges.

Et aujourd'hui encore, quand on est au lit et qu'on écoute attentivement, on peut imaginer leur arrivée. Driôma d'abord, doucement, avec l'envie de dormir. Puis Son, avec le grand silence. Deux visiteurs, deux visages d'une même nuit.

D'où vient ce conte

Wikipédia décrit Driôma (Дрёма) comme un esprit du soir et de la nuit, vieille femme aux mains douces ou petit homme à la voix qui berce, qui entre dans les maisons par les fentes, borde les enfants et leur caresse les cheveux, et qui serait moins tendre avec les adultes, à qui elle inspirerait des cauchemars. Cette page ne parle pas de Son, et elle s'appuie sur une seule source. Pour les berceuses, un résumé d'étude sur la berceuse russe distingue des figures qui nuisent et d'autres qui apaisent, sans citer Son ni Driôma. Je n'ai donc pas pu vérifier que ce sont deux frères, ni qu'ils représentent des « phases du sommeil », ni qu'ils sont antérieurs au christianisme : ces détails sont ici une mise en scène de Soporifik.

Pour prolonger le calme

Le reste de la soirée se prépare aussi : voyez notre routine du soir pour bien dormir. Pour une autre lecture calme, voici L'attrape-rêves. Et pour la dernière heure avant le lit, voici notre pyjama pilou torsadé, en polaire épaisse.

Usein kysytyt kysymykset

Qui est Driôma dans le folklore russe ?

Selon Wikipédia, c'est un esprit du soir et de la nuit, qui prend l'apparence d'une vieille femme aux mains douces ou d'un petit homme à la voix qui berce. Elle entre dans les maisons par les fentes. Elle borde et caresse les enfants. La page ajoute qu'elle est moins douce avec les adultes. Le conte ne garde que son côté tendre.

Qu'est-ce que Driôma signifie en russe ?

Дрёма signifie « assoupissement », la somnolence qui précède le sommeil. Son (Сон) signifie « sommeil » ou « rêve ». Ici, le conte met les deux mots côte à côte, comme deux visiteurs.

Son et Driôma sont-ils vraiment deux frères ?

Les sources consultées ne le disent pas. Le conte les présente comme des compagnons de route, que l'on peut imaginer comme deux frères. C'est une licence de Soporifik : rien dans les pages ouvertes ne l'établit.

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