Rue vide la nuit, réverbères allumés, traces de sable fin sur les pavés

Le marchand de sable : un conte sur le sommeil

Vous allez suivre le marchand de sable dans sa tournée nocturne. Cette histoire dure environ 6 minutes. Vous pouvez la lire lentement, très lentement.

Il y a un homme qui part tous les soirs quand le soleil disparaît. Il a un petit sac de toile, pas très lourd, juste assez pour tenir dans une main. Ce sac contient du sable très fin, plus fin que le sable des plages, plus fin encore que celui qu'on trouve en montagne. Ce sable a une couleur qui n'existe que la nuit.

Il sort de sa petite maison quand l'air commence à devenir froid. À ce moment-là, les rues de la ville sont déjà presque vides. Il y a un réverbère qui s'allume ici, un autre qui s'allume là. Et l'homme commence son chemin.

La tournée commence

Il y a une rue. Cette rue a une certaine longueur, une certaine largeur, des maisons d'un côté et de l'autre. Lui connait chaque porte, chaque fenêtre, chaque pas qui sépare une maison de la suivante. Il l'a marché si souvent que la distance ne lui demande plus de compter.

À la première maison, il s'arrête. Il sort une poignée de sable de son petit sac et il la dépose à côté de la porte d'entrée. Ce sable brille un petit peu à la lumière du réverbère, mais pas beaucoup. Juste assez pour qu'on sache qu'il y a là quelque chose de nouveau si on regardait vraiment. Mais personne ne regarde vraiment.

À l'intérieur de la maison, quelqu'un qui était éveillé commence à bâiller. Quelqu'un qui avait des pensées qui tournaient commence à trouver que ces pensées tournent moins vite. Il ne sait pas qu'il y a un homme dehors qui vient de poser du sable à côté de sa porte. Il ne sait pas, mais cela n'a pas d'importance. Le sable sait.

L'homme continue. La prochaine maison est plus loin. Il y a un petit bout de rue à marcher. Ses pas font un bruit régulier sur les pavés : tap, tap, tap, et puis rien.

La magie qui n'en est pas une

À la deuxième maison, il fait la même chose. Sauf qu'à cette maison vivent deux personnes, alors il en met un petit peu plus, juste assez pour qu'il y ait du sable pour chacun. À la troisième maison, il y a des enfants, mais un enfant n'a pas besoin du sable du marchand, alors il passe sans s'arrêter.

Et puis il continue.

C'est un travail très ancien, ce qu'il fait. Personne ne lui a enseigné. Quelqu'un l'a fait avant lui, de la même façon, et avant cela quelqu'un d'autre. Et cette chaîne remonte très loin, à un moment où les gens ont commencé à avoir besoin de dormir, et où il a fallu inventer quelque chose pour les y aider.

Le sable qu'il dépose n'est pas du sable ordinaire. Ce sable vient de nulle part et va nulle part. Il existe simplement le temps qu'il faut, et puis il s'évapore, ou il s'enfonce dans la terre, ou il disparaît d'une autre façon que personne ne comprend vraiment. Mais le matin, quand le soleil se lève, il ne reste rien à côté des portes. Rien que la trace d'un pied qui s'est arrêté là une seconde.

Le temps de la tournée

Les heures de la nuit se déploient lentement tandis qu'il marche. Il n'y a pas de fin à cette tournée. Il y a toujours une rue, puis une autre rue, puis une autre rue encore, et puis quand on arrive à la dernière rue, on se rend compte qu'on est revenu à la première.

Mais ce n'est pas ennuyant. Cela ne demande pas d'effort. C'est juste une chose qui se fait, chaque nuit, de la même façon que les étoiles se lèvent et se couchent, de la même façon que la lune tourne autour de la terre, de la même façon que le cœur bat dans la poitrine de quelqu'un qui dort.

À chaque maison, il y a une porte. Quelquefois il y a une fenêtre avec une lumière encore allumée. Quelquefois il y a une fenêtre d'où sort un bruit, une voix, une radio. Mais l'homme pose son sable quand même. Le sable ne refuse pas d'travailler parce qu'il y a du bruit. Le sable fait son travail, peu importe.

Et il y a des maisons où il n'y a rien. Rien que le noir, et le silence. Le marchand dépose son sable devant ces portes aussi, parce que derrière, quelqu'un dort déjà, ou quelqu'un s'apprête à dormir, et il faut du sable pour tout le monde.

La fin de la tournée qui n'en est pas une

Il approche de sa propre maison après des heures, ou après ce qui ressemble à des heures. Il ne compte pas le temps. Quand il arrive devant sa porte, il vide le peu de sable qui reste au fond de son sac pour lui-même. C'est la dernière maison de la tournée, et c'est aussi la première maison de la tournée suivante. Cela revient au même.

À l'intérieur de sa maison, il n'y a que du silence. Il s'allonge, et il s'endort tout de suite, comme quelqu'un qui a mérité son repos parce qu'il a passé sa nuit à aider les autres à trouver le leur.

Dehors, la ville dort. Et dans toutes ces maisons, tous ces gens qui dorment ne savent pas que quelqu'un a marché dans les rues, quelqu'un dont les pas sont maintenant si silencieux qu'on ne l'entend plus, quelqu'un qui vient de terminer sa tournée et qui va en recommencer une autre la nuit suivante, et la nuit suivante encore, sans fin, parce que c'est son travail, et qu'il aime son travail, et que quelque part dans la ville, à côté de chaque porte, il y a un petit peu de sable qui brille très légèrement, qui brille juste assez pour que le sommeil sache qu'il est attendu, qu'il a une place, qu'il peut venir tranquille.

Pour prolonger le calme

Le reste de la soirée se prépare aussi : voyez notre routine du soir pour bien dormir. Pour une autre lecture calme, voici La ville qui éteignait ses lampes. Et quand la chambre n'est jamais tout à fait noire, Le Noir, notre masque de sommeil 3D, fait le noir sans appuyer sur les paupières.

Συχνές ερωτήσεις

Le marchand de sable existe-t-il vraiment ?

Non, pas littéralement. C'est une image qui existe depuis très longtemps dans beaucoup de cultures pour parler de ce qui nous aide à dormir, de ce qui nous berce. Et comme toutes les bonnes images, elle devient vraie quand on y croit.

Pourquoi la magie du sable dans une histoire pour dormir ?

Parce que c'est une image que tout le monde connaît depuis l'enfance. Imaginer quelqu'un qui passe chaque nuit, sans bruit, de porte en porte, a quelque chose de rassurant. C'est un plaisir de lecture, pas une promesse de sommeil.

Peut-on lire ce conte plusieurs fois ?

Bien sûr. Chaque nuit, le marchand fait sa tournée. Chaque nuit, vous pouvez le suivre de nouveau.

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